Pourquoi les philippins ont la cote auprès des patrons haïtiens?

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Ils supervisent la caissière au supermarché, sont à la tête d’un peloton de serveurs à ce restaurant de Pétion-Ville, s’occupent des réservations à cet hôtel de la Côte des Arcadins. Ils (ou plutôt elles, tant ce sont de plus en plus des femmes), ce sont les philippins.

Vingt ans auparavant ils étaient mécaniciens ou techniciens spécialisés au parc industriel, à Labadie ou d’autres entreprises de la place. Voilà déjà quelques années qu’on les voit à des postes non techniques, en particulier comme superviseurs. Les filipinos ont gagné la confiance des patrons haïtiens, ils ont désormais la cote.

Comment donc expliquer la préférence des employeurs pour ces travailleurs venus d’Asie? Pour les filipinos travaillant comme techniciens spécialisés, la réponse est simple. Ils contribuent à combler le déficit de main d’œuvre spécialisée en mécanique, électricité et autres domaines nécessaires à la bonne marche des entreprises d’ici.

Dans d’autres cas, la réponse est moins évidente. Pour certains, les différences culturelles entre haïtiens et philippins rendraient ces derniers particulièrement attractifs pour les employeurs. Selon cette hypothèse, ces différences culturelles conduiraient les philippins à être moins familiers avec leurs collègues haïtiens, ce qui ne manquerait pas de faciliter leur tâche de superviseurs où il faut parfois prendre des décisions difficiles et sanctionner des subalternes.

Vu qu’une bonne partie des filipinos dans les postes de contrôle et de supervision soient des femmes, il se pourrait également que nombre d’entre elles soient des compagnes de ceux travaillant comme électriciens ou mécaniciens. Le couple bénéficiant déjà du salaire de l’homme, elles seraient alors prêtes à travailler pour un salaire moindre que ce qu’aurait réclamé un haïtien pour contrôler les stocks au supermarché par exemple.

Il ne faudrait surtout pas oublier que les Philippines ont longtemps choisi d’encourager activement le travail à l’étranger de leur main d’œuvre en panne de débouchés suffisants dans l’archipel. Il existe même un organisme d’état, la Philippine Overseas Employment Administration¸ chargé de trouver des débouchés à l’extérieur pour des candidats à l’émigration et de superviser les agences privées de recrutement.

En effet, de nombreuses agences philippines privées recrutent infirmières, femmes de chambre et autres techniciens intéressés à tenter leur chance outre-mer. Leurs destinations de prédilection : l’Arabie Saoudite ou d’autres pays asiatiques comme Taiwan ou le Japon. Des fois, le recrutement tourne  au cauchemar comme dans le cas de ces filipinos amenés en Haïti en 2010, à qui des recruteurs peu scrupuleux avaient fait croire qu’ils iraient travailler dans de grands hôtels de plage quatre étoiles pour des salaires entre $ 2000 et $ 3000. Salaires qu’ils n’ont, bien entendu, jamais reçu.

Ceci étant dit, à la question de savoir pourquoi les philippins ont la cote auprès des employeurs, je suis tenté de répondre par une combinaison des facteurs cités plus haut. J’imagine qu’il pourrait y avoir d’autres causes. Ce serait quoi d’après vous ? Y répondre permettrait peut-être d’identifier des caractéristiques  à développer au sein de la main d’œuvre locale afin de la rendre plus attractive auprès des  entreprises.

Photo: Wikimedia Commons

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